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«Mes beaux-parents ne pensent qu’à leur petit confort»: comment des couples mènent la guerre à leur belle-famille

Trop envahissante ou pas assez présente, la belle-famille est souvent la cible de nombreuses critiques. Mais les beaux-enfants n’ont pas toujours conscience de leur rôle dans ces rapports conflictuels.

Lorsque les rapports se dégradent avec la belle-famille, pensez à la médiation familiale avec CERAF MEDIATION sur Paris, Aulnay-sous-bois, Meaux, Chelles, Melun … 

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Article Le Figaro Société par Maguelonne de Gestas, publié le 22/12/2022 à 06:00, mis à jour le 03/01/2023 à 14:44

Cette année, Diane* et son mari Vincent* passent Noël dans la famille de Diane. «Je suis trop contente ! s’exclame la jeune femme de 28 ans. On était dans ma belle-famillel’année dernière, et c’était tellement triste… C’est beaucoup plus festif de mon côté.» Au bout de deux ans de mariage, Diane a encore du mal à trouver des qualités à la famille de son époux. «Mes beaux-parents m’ont fait vivre un enfer à l’annonce de nos fiançailles. Je ne les intéressais pas», se justifie-t-elle.

Ce couple, à l’instar de nombreux autres, a vu ses rapports se détériorer avec l’une des belles-familles. Certains éprouvent des difficultés à composer avec une «pièce rapportée». La belle-mère, qu’il est courant de pointer du doigt, n’en est pas la seule responsable. «Je n’ai jamais intéressé mon beau-père, confie Diane. Quand je suis assise à côté de lui à table, il ne m’adresse pas la parole.» Aujourd’hui encore, la jeune femme ne comprend toujours pas sa façon d’être avec elle. «Oh, il n’est pas désagréable ! ironise-t-elle. Il éprouve juste l’indifférence la plus totale à mon égard».

Lorsqu’elle annonce leur projet de mariage aux parents de son fiancé, ces derniers sont très heureux. Les mois passent et leur comportement change : «Ça s’est dégradé quand j’ai compris au fur et à mesure que je n’avais pas d’importance pour eux. J’aurais aimé qu’ils nous posent plus de questions. Ma belle-mère ne parlait que d’elle. Je n’étais que l’amoureuse de leur fils, et après notre mariage, celle avec qui il couchait.»

Le point de rupture arrive lorsqu’ils leur demandent de décaler de quelques mois le mariage. «On avait 26 et 27 ans, ils nous trouvaient trop jeunes, se souvient Diane. La seule façon qu’a trouvée mon futur beau-père pour en parler à mon père c’est de lui dire : “C’est comme ça”.» Aujourd’hui mariée, ses rapports avec eux se sont améliorés : ni vraiment chaleureux ni désastreux. Mais Diane ne peut s’empêcher d’envier son frère, qui adore ses beaux-parents. Eux envoient à leur gendre des messages, ils sont attentionnés et prévenants, lui offrent des cadeaux…

La belle-famille a bien sûr ses torts, par son manque d’accueil envers leur belle-fille. Mais Diane ne serait-elle pas un brin exigeante ? Après tout, les efforts doivent venir des deux côtés. «C’est à la belle-famille d’accueillir, pas l’inverse, tranche depuis Madrid Hélène Dumont, thérapeute et conseillère conjugale. Toutefois, les beaux-enfants doivent aussi s’adapter. Je reçois de nombreux clients en cabinet qui ont trop d’attentes vis-à-vis de leur belle–famille. Cette attente sera forcément déçue, car toujours en-deçà de la réalité.»

Selon elle, les plaintes autour de la belle-famille tournent très souvent autour de sa place vis-à-vis du couple : soit pas assez présente, soit trop envahissante. «On voit que les beaux-parents n’ont jamais la bonne place, comme s’ils n’étaient jamais là où on les attendait, décrypte la conseillère conjugale. Il faut parfois faire le deuil de la belle-famille idéale, ou de nos parents tels qu’on aurait aimé qu’ils soient avec notre conjoint».

Un discours repris par l’abbé Martial Merlin, prêtre à La Valette-du-Var qui prépare de nombreux couples au mariage. Il évoque le «deuil à faire» quant à l’image idéalisée que l’on se fait de sa belle-famille. «Le nom “d’enterrement de vie de garçon/de jeune fille” est très parlant. Il y a des choses bonnes dans une famille, mais aussi des freins. Il faut savoir s’en défaire pour pouvoir réellement s’attacher à son conjoint.»

Ce qui implique de savoir mettre des barrières aux parents. Béatrice Perrin, médiatrice familiale à CERAF MEDIATION, a vu des couples se séparer à cause de la belle-famille : «Dans certains milieux traditionnels, l’enfant, même adulte, ne cesse jamais d’appartenir à ses parents», développe-t-elle. Afin que les choses rentrent dans l’ordre, il faut que chacun réinvestisse sa propre place : «C’est important, car on voit qu’une fois séparés, les conjoints se reprochent de ne pas avoir su remettre leurs parents à leur place.»

S’affranchir du regard de sa belle-famille ou de ce que l’on attend d’elle est salvateur. Ce qui nécessite une certaine maturité, que des jeunes femmes qui se marient tôt n’ont pas toujours. Pour Hélène Dumont, le fait de grandir se manifeste lorsqu’on parvient à abandonner l’idée que les parents pourraient entièrement nous combler. «Lorsque l’un des deux conjoints n’a pas fait ce travail-là, sa belle-famille risque de devenir un écran de projection de ses propres problématiques familiales non résolues», analyse-t-elle. À l’instar d’Olivia, 28 ans, qui répète à son mari que son père fait moins attention à lui qu’à son petit frère, ce dont il n’avait pas conscience avant : « Au contraire d’Olivia, son conjoint a fait un travail sur lui-même. Il a grandi en se séparant de ses parents, sans plus leur en vouloir.» La jeune femme est encore dans la comparaison, qui la conduit à être jalouse.

La belle-mère peut en faire les frais. Si l’un des membres du couple a souffert petit d’un manque d’attention de sa mère, il peut avoir tendance à beaucoup attendre de sa belle-mère. Quand elle n’est pas la hauteur de ses attentes, le conjoint se sentira blessé, et l’attaquera. Pour Hélène Dumont, détester sa belle-mère permet dans certains cas de détester indirectement sa propre mère. Souvenons-nous de Blanche-Neige et Cendrillon : leur «bonne» mère est morte, tandis que celle qui est vivante, la «belle»-mère, est mauvaise. «Ces deux images de mères antagonistes sont en réalité celles de la même mère, mais on les dédouble».

Outre l’aspect psychologique, l’abbé Merlin insiste sur la notion de liberté, exercée à l’égard de sa famille. Pour accepter de célébrer le mariage, il s’assure que les personnes sont libres de toute pression familiale et d’attitudes liées à l’enfance ou à l’adolescence. «Il ne s’agit pas de se libérer de tous les déterminismes familiaux, mais d’avoir un point de vigilance là-dessus. Après un mariage, poursuit-il, il n’y a plus d’obéissance à avoir envers ses parents, mais du respect. Les parents peuvent encore avoir des choses à transmettre. Au couple de discerner ce qui est bon à prendre ou non.»

Bien sûr, la belle-famille a aussi son rôle. Julia* est mariée avec Matthias* depuis six mois. Sa belle-mère, mère poule possessive à outrance avec son fils unique, a fait preuve d’une rare ingéniosité pour qu’il rompe ses fiançailles. «Elle nous a répété plusieurs fois que le cerveau n’était pas complètement développé jusqu’à 25 ans, et qu’on devait attendre encore deux ans avant de nous marier», hallucine encore Julia. La jeune femme doit composer avec les trahisons et petits mensonges de sa future belle-mère. Quand cette dernière contacte le père de sa belle-fille, avec qui elle a coupé les ponts, Julia raconte avoir ressenti comme un choc post-traumatique : «Mon père est parti quand j’avais 17 ans, après avoir trompé ma mère. J’ai énormément souffert à cause de lui, et j’avais explicitement demandé à la mère de Matthias de ne pas le rencontrer. Elle l’a fait, et j’ai vécu ça comme une énorme trahison.»

Après cet épisode, Julia est sonnée. Elle ne ressent plus ni désir ni sentiment pour son fiancé, et doit se faire suivre par un psychologue. Depuis son mariage, elle respecte sa belle-mère, mais ne lui accorde aucune confiance. Pour leur premier Noël ensemble, ils dérogent à la tradition des retrouvailles familiales, et le passent tous les deux à Paris.

Lorsque les rapports se dégradent autant, un seul conseil, celui de Gandalf dans Le Seigneur des Anneaux : «Fuyez, pauvres fous». Dans ce genre de cas extrêmes, où la belle-famille met en danger le couple, il faut savoir se détacher de la dette qui s’est créée vis-à-vis des parents. Elle est positive quand elle nous pousse à être bons avec eux, «mais elle peut être enfermante, met en garde Hélène Dumont. Il y a de moments où c’est au couple de construire son histoire, et d’arrêter d’être les enfants de ses parents.»

*Les prénoms ont été modifiés